Bilan France - Sentiments mitigés

(Rugby News Service) Dimanche 21 octobre 2007
Par Nicolas Samier
à Issy-les-Moulineaux
 
 Bilan France - Sentiments mitigés
Bernard Laporte quitte le XV de France après une campagne mondiale qui aura fait couler beaucoup d'encre

ISSY-LES-MOULINEAUX, 20 octobre – Les campagnes publicitaires qui comparaient les joueurs du XV de France à d’illustres champions tricolores toutes disciplines confondues paraissent légèrement hors de propos ce matin.

Après le cinglant revers subi contre l’Argentine lors du match pour la troisième place au Parc des Princes vendredi soir, l’heure est donc venue de dresser le bilan de la campagne mondiale française, contrasté comme jamais tant les performances des Bleus ont été en dents de scie pendant ces deux mois.

Départ manqué 

Dès les premières secondes du match d’ouverture contre l’Argentine, on pouvait être surpris de ne pas retrouver cette équipe si conquérante en préparation contre l’Angleterre, la supériorité des Pumas ne faisant aucun doute, la ferveur populaire était douchée d’emblée, dans les règles.  Les jours suivants, on pouvait lire et entendre bien des théories sur le « non-match », les joueurs ayant peut-être été paralysés par l’enjeu, par la pression du public ou même par la fameuse lecture de la lettre de Guy Môquet.

Mais Bernard Laporte avait une toute autre opinion comme le montre les nombreux changements effectués pour affronter la Namibie. Exit les Martin, Mignoni, Dominici, Rougerie et Skrela, touché à la cuisse, la Namibie allait voir entre autres Clerc, Michalak, Dusautoir, Chabal, Bonnaire et Marty. La victoire record 87 à 10 sous les hourras du public de Toulouse rassurait tout le monde et imposait à Laporte de reconduire quasiment le même groupe dans le match capital contre l’Irlande.

Sans briller mais en montrant une grosse qualité défensive, la France sortait vainqueur de ce match sous haute tension avant les deux essais libérateurs de Vincent Clerc. Ainsi, la France était quasi assurée de disputer un quart de finale.

Laporte faisait tourner son effectif lors du dernier match de poule pour une victoire facile contre la Géorgie à Marseille. Mais l’horizon des Bleus s’obscurcissait, le sans-faute de l’Argentine les obligeant à aller défier l’ogre All Black à Cardiff.

40 minutes de légende

Dans un match annoncé perdu d’avance, le sélectionneur du XV de France tentait son va-tout en titularisant Lionel Beauxis à l’ouverture et Damien Traille à l’arrière, convaincu que la clé du match serait l’occupation du terrain.

Invaincue depuis 2000 contre la France, la Nouvelle-Zélande, grande favorite de la compétition après avoir franchi la phase de poules en roue libre, faisait valoir son rang en première mi-temps, menant très vite au score. La tactique de Laporte semblait infructueuse quand la France rentrait aux vestiaires, menée 13 à 3.

Mais après la pause, les Français décidaient de jouer un rugby de passes et d’attaque, et avec une envie et une motivation décuplée, ils commencèrent à faire plier les All Blacks.

Comme un symbole, c’est le Toulousain Thierry Dusautoir, énorme en défense, qui perçait le rideau néo-zélandais pour enfin concrétiser les belles promesses aperçues dans le jeu.

Coaching décisif avec l’entrée de Michalak et Chabal, le retour le la plaque tournante Jauzion, une première ligne retrouvée, des trois-quarts solides dans leur jeu au pied... tout était réuni pour un nouvel exploit retentissant. Les 10 dernières minutes de défense acharnée sonnaient le glas du colosse Noir, et consacraient les 22 nouveaux héros de l’hexagone.

Retour sur terre

Après ce chef-d’œuvre collectif de courage et d’envie, la France allait retrouver l’Angleterre en demi-finale, lorgnant de plus en plus sur l’étincelante dorure de la Coupe Webb-Ellis. A tord.

Dans un match où les erreurs françaises se payèrent comptant, c’était l’Angleterre de Jonny Wilkinson qui s’imposait au finish, et là encore on ne pouvait guère crier au scandale.

Le doux rêve de gloire mondiale était cruellement brisé au plus fort de son élan.

Les neuf points marqués au coup de sifflet final témoignaient de l’inefficacité française lors de ce match qui, de l’avis de tous, s’était joué sur des « détails ». Comme en 2003, la France butait à nouveau sur l’Angleterre en demi-finale de Coupe du monde, et devait se tourner vers le match pour la troisième place contre l’Argentine au Parc des Princes. 

Retour sous terre

Mais la semaine de préparation à ce rendez-vous a plus été marquée par les règlements de comptes entre joueurs, dirigeants et journalistes, car il convenait de désigner « le » responsable de cet échec. Toutefois, tous s’accordaient sur le fait que le XV de France se devait de quitter la compétition sur une bonne note, et c’était d’autant plus spécial que les Bleus se voyaient offrir une revanche contre le trouble-fête du match d’ouverture.

Mais la démonstration Argentine de vendredi soir à tristement mis fin à l’ère Laporte et aux carrières internationales de joueurs comme Pelous, de Villiers et Dominici. En l’espace d’une semaine, le « rêve bleu » est devenu cauchemar.

Alors que l’heure est à la passation de pouvoir et à la reconstruction, c’est le temps qui décidera des souvenirs à conserver de cette campagne mondiale, et il ne faudra pas oublier que cette année encore la France demeure dans le dernier carré mondial, alors que des nations comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande n’y figurent même plus.

RNS ns/wb