Le Blues du XV de France

(Rugby News Service) Dimanche 21 octobre 2007
Par Benoit Deschodt
à Issy-les-Moulineaux
 
 Le Blues du XV de France
Dans ce tournoi 2007, les Français auront vécu de trop nombreuses désillusions...

ISSY-LES-MOULINEAUX, le 20 octobre – Dans le tunnel menant du terrain au vestiaire, juste après le coup de sifflet final, alors que les Argentins laissaient éclater une joie légitime, Jean-Baptiste Elissalde se trouvait seul, l'air hagard. Sorti en cours de deuxième mi-temps, le demi de mêlée était rejoint par un Bernard Lapasset qui l'étreignait chaleureusement.

Mais le coeur n'y était pas. Le défaite passait peut-être même au second plan ce soir-là. Dans la salle de presse où défilaient les joueurs il confiait : « On avait des objectifs très hauts et à partir du moment où l’on a perdu contre l’Angleterre je l’avais déjà dit, notre Coupe du monde était finie. » Puis de rajouter « on a perdu le match de ce soir la semaine dernière ».

Soulagement

Tout le monde n'a pas vécu l'échec de la même façon. Avant d'entrer sur le terrain pour la cérémonie de remise des médailles aux Argentins, Cédric Heymans, non retenu dans les 22, essuyait ses larmes. Pierre Mignoni, lui, était déjà entièrement tourné vers le futur avec son club à Clermont.

Ils ne furent que dix joueurs hier soir à se confier à la presse. Dix venus honorer leur contrat tacite avec la presse. Certes, les sourires étaient là. Mais le soulagement semblait avant tout dû à la fin de ce qu'ils ressentent comme un dur échec. Le pire restant cette défaite face aux Anglais toujours pas digérée. On y retrouve peut-être aussi l'envie de retrouver le club et la famille, retrouver un environnement sécurisant où le terrain et le jeu sont des acquis plus certains, où la peur de ne pas jouer ne paralyse pas les initiatives sur le pré.

Le départ du Kaiser 

Ce matin, la der des der de Bernard Laporte devant les journalistes sportifs s'est déroulée dans le calme... « Je n’ai pas d’héritage à laisser, mais surtout à soutenir le prochain sélectionneur, disait-il. Je serai toujours à ses côtés en tant que supporter du rugby français. Je pense sincèrement que c’est bien que Jo [Maso] reste là car il a été joueur de haut niveau et bon manager. »

Bien sûr il y aura ces regrets qu'il sera décidément très durs à digérer : la suprématie de l'Argentine, la défaite en demi-finale face à l'Angleterre...  « Ce ne sont pas des regrets dont il faut parler mais de l’avenir, interrompt celui que l'on nommait le Kaiser. Car ça ne va pas être simple. C’est le produit français qu’il va falloir privilégier. Il faut privilégier les joueurs français et nos jeunes joueurs. Aujourd’hui, il y a un déséquilibre entre les joueurs français et ceux des pays étrangers à certains postes. Quand on regarde au poste de talonneur dans les grands clubs français, vous avez là un Argentin, là un Roumain. À certains postes, on manque de joueurs français. »

Un vaste débat qui revient comme un refrain chaque année mais qui n'est pas prêt d'être tranché. En attendant de prendre ses fonctions ministérielles dès lundi, Bernard Laporte rechausse ses lunettes, passe une main sur son crâne et range sa chaise. Dans ses habits de sélectionneur, il salue une dernière fois les journalistes sportifs. Chacun se quitte. Sans regret, ni remord. D'aucun côté. 

RNS bd/wb