Argentine : les secrets d'un succès

(Rugby News Service) Dimanche 21 octobre 2007
Par Juan Cruz Carrizo
à París
 
 Argentine : les secrets d'un succès
Agustín Pichot, capitaine et âme d'une équipe qui a su écrire son histoire au travers d'un remarquable parcours

PARIS, 20 octobre – La troisième place obtenue par les Pumas a encore plus de valeur, compte tenu des circonstances avec lesquelles elle a été conquise. Il faut en effet chercher au-delà de l’amateurisme du rugby en Argentine, le manque de confrontations internationales ou les difficultés à rassembler les joueurs jouant à l’étranger, les raisons qui ont amené cette équipe au troisième rang mondial.    

Il y en a qui estiment que ce sont tous ces éléments qui ont cimenté la gloire de l’équipe de Marcelo Loffreda. Il y eut dès le début, les blessures de Martín Gaitán ou de José María Núñez Piossek, deux titulaires au départ, puis celles de Gonzalo Longo ou Gonzalo Tiesi (qui pouvaient postuler eux aussi au quinze titulaire), sans compter la participation à la poule « de la mort.»

Ce qui paraît évident, c’est que les Pumas ont réussi leur pari grâce à un cocktail simple mais pas pour autant aisé : travail, confiance, cœur. Avec énormément d’heures de travail, autant au niveau de l’encadrement que des joueurs, tout le monde y a cru, dans les bons et mauvais moments, l’esprit de conquête ayant prévalu pardessus tout.  

Un sacré mental

A l’heure d’expliquer la meilleure performance de l’Argentine en Coupe du monde, un prénom et un nom ressortent incontestablement : Marcelo Loffreda. Le 1er mai 2000, lorsque le « Tano » a pris la responsabilité de l’équipe, peu nombreux étaient ceux qui pensaient que les Pumas parviendraient un jour à se positionner dans le trio de tête mondial. Ce travailleur acharné réussit à mettre en place, un véritable ordre de bataille. Sur la base du respect envers le maillot qu’il sut transmettre, il parvint à extirper la substantifique moelle de son groupe.     

Le cycle excitant de Loffreda s’est achevé de la meilleure manière possible. Vainqueur par deux fois de la France, l’équipe hôte et candidate au titre mondial, cela ressemble à un véritable exploit. Avec en plus, un jeu efficace. Les Pumas n'ont perdu qu’un match (face à l’Afrique du Sud) et ont sué pendant les sept qu’ils ont joué. Jusqu’aux demi-finales, ils n’ont reçu que trois cartons jaunes et n’encaissèrent que trois essais, démontrant ainsi l’imperméabilité de leur défense.

Loffreda sut également s’entourer de collaborateurs, partageant totalement ses idées. Daniel Baetti fut son complément (et ami) direct alors que l’Anglais Les Cusworth a décortiqué tous les rivaux, afin de trouver les failles. Diego Cash s’est occupé des avants et Mario Barandiaran des arrières. Nicolás Basdedios Molina était chargé de l’analyse vidéo alors que les médecins et préparateurs physiques s’occupaient des corps.

Un orchestre sans fausse note

Bien sûr, les principaux protagonistes et les héros de cette histoire furent les joueurs. Peut être pour l’Argentine, le meilleur groupe de son histoire. Le mélange parfait entre jeunesse et maturité, avec de l’expérience et une grosse faim de gloire, avec une espèce de désinvolture de ceux qui croient que les rêves peuvent se réaliser.

Agustín Pichot à lui tout seul, résume tous ces facteurs. Leader spirituel et stratégique des Pumas, le demi de mêlée fut le thermomètre de son équipe avec Juan Martín Hernández en parfait alter-ego. Ce dernier, pur diamant de l’ouverture, fut l’un des plus brillants acteurs de cette Coupe du monde.

Mais c’est autour de son pack que cette équipe a vraiment émergé. Une première ligne solide, égale à elle-même depuis le début avec un Rodrigo Roncero au sommet de son art. Une deuxième ligne homogène où Patricio Albacete se mit en évidence, ce qui lui vaudra d’être l’un des leaders dans l’avenir (il joua tous les matches). En troisième ligne, l’exemple de Gonzalo Longo fut révélateur : blessé, il revint et se montra l’un des meilleurs mais ses coéquipiers ne furent pas en reste, dans le sillage de Juan Fernández Lobbe.

Derrière, la grande révélation fut Horacio Agulla. Le plus jeune et le moins expérimenté de l’équipe est arrivé par surprise et a terminé comme titulaire indiscutable, montrant de grandes qualités. 

Felipe Contepomi est l’autre joueur qui a cristallisé autour de lui l’essence même de cette formation. Talentueux, sanguin et intelligent, le jumeau réalisa un très beau parcours. Enfin derrière, Ignacio Corleto se montra à la hauteur de sa réputation, apportant sécurité et sens offensif.  

Il est indéniable que chacun des joueurs de ce groupe de 30, plus celui du dernier arrivé, Eusebio Guiñazú, aura apporté son grain de sable lors de cette épopée qui restera gravée dans l’histoire du rugby argentin.

Il est peut être trop tôt pour mesurer à sa juste valeur ce que les Pumas ont réalisé mais on peut d’ores et déjà tirer un grand coup de chapeau à cette équipe, qui a porté avec orgueil et talent les couleurs de son pays. Le bronze brille pour elle, d’un éclat particulier. 

RNS jcc/agf/jcd/wb